Voilà l’animation que j’ai réalisé après avoir découvert les ouvrages de Marc Azéma (cliquer sur le nom pour une interview) lors d’une visite mémorable à la grotte de Chauvet.

La musique est de G.Thevenon (cliquer sur le nom pour l’ entendre ) qui éxperimente les instruments préhistoriques dont on peut découvrir la grande diversité en cliquant sur son nom.

Quelques liens  vers la magie de la préhistoire : https://youtu.be/axQSc9P0Ds

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Un recueil de nouvelles que j’ai commencé il y a bien longtemps déjà.

J’ai pas mal édulcoré l’affaire, et j’ai fini par garder ce que je pouvais illustrer avec des amis. Arnaud Poitevin et Sandrine Goalec s’y sont prêtés avec plaisir.Ils ont trouvé du temps dans leur emploi du temps serré -ce sont des stars maintenant.

Les premiers dessins ils l’ont fait dans mon combi WV de 1974, orange à strips blancs qu’une amie appelait « le fils de Casimir et Starsky et Hutch ». Je ne l’ai plus mais mais j’y pense tout le temps.

Marinette

Hamed

La triste et anonyme vie d’un poulet

Du steak haché au beurre rance

Le train

Marinette n’était pas bien futée, mais le cheveu triste et les vêtements sales ne gâchaient en rien son magnique sourire.
Marinette était tellement gentille qu’on en oubliait presque à quel point elle pouvait être sotte. Autant dire que le mot « conversation » n’avait aucune chance de se matérialiser auprès d’elle.

Lorsqu’un homme lui « comptait fleurette », elle y croyait à chaque fois.Pas besoin de savoir si pour elle l’histoire allait durer un quart d’heure ou toute la vie, toute notion de temps était parfaitement abstraite pour elle… Comme les petits enfants quand leur maman les quitte et qu’ils ne font aucune différence entre une heure et toute une journée. Pour eux ce qui les marque c’est que leur maman les laisse, pour Marinette ce qui lui importait c’est qu’on lui dise qu’on l’aime et qu’elle qu’on lui dise est belle. Elle savait bien que ce que lui disait les hommes n’était pas vrai, mais elle se plaisait à le croire, et cela seul comptait.

Marinette vivait ça ou là, au gré des conquêtes, un jour chez l’un et l’autre ailleurs. Du moment qu’on lui donnait de quoi manger et qu’on lui faisait l’amour Marinette était aux anges. Jamais elle n’avait eut deux amants à la fois, alors elle se plaisait à dire qu’elle n’avait jamais trompé personne, même si il lui était arrivé d’avoir jusqu’à cinq très grandes histoires d’amour dans la même journée.

Dès qu’elle n’entendait plus de « je t’aime », elle s’éclipsait, sans un éclat de voix, sans une scène, Marinette partait vers d’autres bras plus accueillants.

Un jour elle rencontra Dimo, un jeune homme qui si on y regardait bien aurait pu être son ls. C’était un bulgare. Marinette ne savait même pas que ce pays existait, ni quelque autre d’ailleurs non plus.
Il lui avait dit que son village natal était So a, elle avait trouvé ça joli comme un prénom de princesse, alors Dino l’appelait « ma princesse». Dimo cherchait à Paris l’opportunité de devenir quelqu’un. C’était un artiste, bien des fois après avoir fait l’amour, Dimo c’était levé et l’avait dessinée nue. Elle aimait bien la façon dont il fronçait les yeux, dont il plissait le nez, on aurait dit alors un petit garçon têtu et obstiné. Il s’appliquant tant que parfois il en oubliait même la présence de Marinette, mais elle ne disait rien, attendant bien sagement que Dimo se réveille du rêve dans lequel il était plongé.
Pour lui, elle était comme une bénédiction, jamais elle ne rechignait à une pause longue et dif cile, toujours patiente, toujours docile, elle attendait que le petit bout de crayon l’ai immortalisée sur le papier.

Ils étaient beaux les dessins de Dimo, ils étaient tendres et dynamiques, et ses toiles aux couleurs chatoyantes, toujours avec une grande dominante de bleus profonds, une couleur entre l’océan par un jour de tempête et celle d’une nuit presque sans lune.
Le trait était vif, alerte, comme une nuée d’oiseaux en partance pour des pays lointains.

Il arriva un moment où Marinette ne vit plus du tout Dimo, par un curieux désenchantement elle ne le vit ni au bistrot de la poste, ni dans la rue.
Elle alla même jusqu’à se rendre chez lui dans le petit studio au sixième étage, mais c’est en vain qu’elle monta l’interminable escalier de guingois… Personne ne répondit aux petits coups discrets et insistants qu’elle réitérait contre la porte. Elle se surprit à pleurer, elle ne savait pas au juste pourquoi, elle ne savait pas que c’était par amour qu’elle pleurait, parce que Dimo lui manquait.
Jamais encore elle n’avait pleuré sur une quelconque séparation. Un homme la quittait, et bien vite autour d’un petit blanc sec elle faisait une rencontre et la vie suivait ainsi son cours.

Mais aujourd’hui devant son petit blanc elle ne voulait ni voir ni écouter.

Il voulu bouger la tête et son long cou déplumé heurta une paroi dure et un froide. Sortir! Il aimerait pouvoir en n sortir de cette coquille qui devenait de plus en plus étroite. quel plaisir ce serait de pouvoir découvrir la tête de sa mère, la couleur de sa crête, la soie de ses plumes. Pouvoir en n gouter la douce chaleur sous les ailes réconfortantes de sa maman poule.

Encore un petit mouvement, un dernier coup de bec et la mince couche de calcaire cédera. Hop! voilà la lumière. Bizarre cette lumière, un peu trop vive, et quelle chaleur! Le poussin regarda autour de lui et au lieu de rencontrer l’image réconfortante d’une mère, devant ses petits yeux hagards grouillent un bon millier d’autres petits poussins et d’oeufs pas encore éclos. Comme il n’avait encore jamais rien connu il n’en fut pas effrayé, seul au fond de lui pointait la déception. Les poulets sont ils capable de ressentir de la déception? Le poussin ne sachant analyser ce qui lui arrivait, pris cela pour de la faim, se jeta goulument sur un amas maronnasse placé bien près de lui et picora jusqu’à satiété.

De jours en jours, et il n’en fallu pas beaucoup, le poussin devint poulet vu qu’il n’avait rien d’autre à faire que de passer son temps à picorer. D’un geste brusque deux mains l’arrachèrent à ce lieu et à ses compatriotes. Il se retrouva dans une immense salle toute en longueur quadrillée par de longs tuyaux d’où s ‘écoulait une substance jaunâtre à l’odeur peu alléchante. Mu par cet instinct qu’il avait connu à son éclosion, le poulet pris de panique se jeta sur la nourriture et rassasia sa peur. Ici la multitude de ses semblable l’annihilait, il n’était qu’un poulet de plus. Il se gava tant et si bien qu’un quinze jours il devint énorme.

Un matin que le soleil arriva à franchir les fenêtres de la grande salle, le poulet fut saisi à nouveau par deux mains rapides, peut être étais-ce les même que la dernière fois, peut être pas, mais qu’importe. On plaça le poulet sur une table métallique, il eut froid et pris cela pour de la faim, mais il n’y avait rien à manger, et clac plus rien. Le trou noir.

Je me promenais dans le supermarché, cherchant à remplir mon frigo pour la semaine. Au hasard ma main se porta sur un poulet enveloppé sous vide. Pourquoi? je n’en sais rien, peut être était il plus gros que les autres, j’aime bien le poulet au citron avec de petites pommes de terre au four. j’avais justement des invités jeudi prochain, et je n’avais pas envie de me casser la tête. Jeudi arriva mais sans mes amis. J’avais préparé mon poulet au four, il dorait doucement, la peau est plus croustillante quand il dore doucement. Le téléphone sonna, « un contretemps, tu comprends, on est désolés ». Je me retrouvais seule devant mon poulet, et prise de déception ma faim s’envola. La cuisson terminée je mis le plat au frigo, dommage il avait l’air à point. Je me dis que je le mangerai le lendemain. Vendredi je ne mangeais pas chez moi, et samedi j’étais invitée à passer un long week-end chez les amis qui m’avaient fait faux bond. Avant de partir je coupais l’électricité au compteur, et je sautais dans le taxi qui m’attendait au bas de chez moi.

Lorsque je revins le mardi, j’ouvris mon frigo et une odeur pestilentielle me sauta aux narines. J’avais oublié de laisser la porte du frigo ouverte, le poulet laissait apparaitre des taches verdâtres. Je s le nettoyage par le vide, et Hop direction la poubelle.

Illustration: Sandrine GoallecCapture d’écran 2016-11-04 à 21.22.27.png

 

Léon mit ses pantoufes, prit son journal et s’installa comme à son habitude à la petite table en formica vert passé de la cuisine.
Son verre en piralex – les même que ceux que l’on trouve dans les cantines d ‘école – l’attendait sagement près de sa bouteille de rouge à six francs, toujours la même, toujours aussi mauvais, mais il n’y a pas de petites économies. Quelques pièces de monnaie au coin de la table, et les restes des courses de la journée.
Depuis quarante ans Odette rendait la monnaie sur les cent francs que lui donnait Léon le matin.

Léon se disait que plus le temps passait moins il y avait de monnaie le soir sur le coin de la table.

Au début il soupçonnait Odette, mais il entendit dire partout que « le coup de la vie augmentait » alors il ne soupçonnait plus Odette.
D’ailleurs quand elle avait besoin de quelque chose, elle lui demandait toujours, et puis elle n’avait jamais besoin de rien.

 

Pour Odette la présence de son mari et de son vieux chien lui suffisait.
Ils n’avaient pas d’enfants, un ou deux neveux ou nièces en photo, au dessus de la télévision. Ils ne les avaient pas revus depuis qu’ils étaient enfants, et pourtant ils devaient déjà eux-même en avoir des enfants.
Mais pour Léon et Odette, quelle importance.
Du moment que Leon avait ses charentaises préparées, son journal et son verre de vin.
Du moment qu’Odette préparait le repas de « ses hommes », le monde pouvait bien s’ écrouler, eux ils s’en fichaient.
Odette referma la porte du frigidaire d’où elle venait de sortir du beurre ranci, passa un coup de torchon autour de la poignée pour en faire disparaitre d ‘éventuelles traces de doigts, et mit une noisette de beurre à frire dans la poêle.
Odette gardait toujours le beurre rance pour la cuisson, il n’y a pas de petites économies se disait elle machinalement.
Deux steak hachés auxquels elle a mélangé un peu de persil haché qu’elle fait poussé sur le bord de la fenêtre de la cuisine, et un peu d’ail grossièrement écrasé. Le principal du repas repas du samedi était prêt.

Ce soir ce sera de la soupe avec des croûtons de pain rassis – restes de la semaine – et du yaourt.

Depuis quarante ans Odette et Léon mangeaient le samedi leurs steaks hachés accompagnés de haricots. Cela n’avait jamais changé, sauf une fois où les neveux étaient venus leur rendre une petite visite. On avait fait du rôti, ça avait couté cher. Léon se souvenait encore du prix et pourtant cela remontait à plus de vingt ans.

Ce soir Odette mettra ses bigoudis, il y en a des roses et des bleus, parce que demain c’est dimanche, et même si on ne va pas à la messe, au moins peut- on faire un petit effort ce jour là.

Mais ce soir, Léon regarde son verre de vin, le goutte, et le trouve dégueulasse, oui c’est bien ce mot là qui lui vient à l’esprit « dégueulasse ». Il avale une gorgée avec une moue dégoutée, et repose le verre de vin loin de lui.
Il parcourre le journal et découvre que depuis quarante ans c’est toujours les mêmes histoires de disparition d’enfants, d’accidents de camions et de voitures, de policiers véreux… Et il repose son journal comme si tout d’un coup cette révélation lui faisait prendre conscience que depuis quarante sa vie n’avait pas changé d’un iota -sauf le jour du rôti.

Il vit Odette, affairée dans sa cuisine, son éternel tablier à fleurs maintenant défraichies, noué autour de sa taille rondelette malgré la gaine. Il se dit que cette gaine la faisait ressembler à un gros tube, un boudin défraichi lui aussi. Il l’imagina ce soir, comme elle serait avec ses bigoudis sur la tête, et fut pris d’une curieuse sensation, une envie de rire, mêlée à une forte envie de pleurer.

D’un seul coup l’odeur du beurre rance lui agressa les narines, il se senti étouffer, suffoquer.
D’un seul coup, il comprit qu’il n’avait pas vécu, n’avait rien connu de la vie.
Il se leva comme pour s’enfuir, mais son coeur maltraité par une telle révélation, ne pût tenir le choc. Il s’arrêta plutôt que de choisir de donner un peu plus pour découvrir la vie.

Même pour les coeurs il n’y a pas de petites économies.
Odette entendit la chaise crisser, cru à une impatience stomacale de son mari, et répondit pour se justifier « c’est cuit mon Léon, c’est cuit! ».

Simon vit chez ses grand-parents, c’est normal Maman est hôtesse de l’air, elle n’est jamais là!

Chez Papi et Mamie Simon se déguise tout le temps, c’est mamie qui fait les déguisements. Avec Papi Simon bricole, il vont tous les deux comme des hommes dans le garage de papi, et toute l’après midi ils scient clouent peignent, c’est le paradis.

Quand il prend son bain Simon combat des monstres terrifiants, il les ratatine en deux coup de…pomme de douche, ça fait râler mamie parce qu’après il y a de l’eau partout. Mais la nuit par contre Simon a très très peur du méchant monstre au ventre vide… Simon n’a pas trouver de solution, et combattre ce monstre là quand on a que 5 ans, c’est vraiment pas de la tarte. tiens d’ailleurs ça sent super bon, Mamie a dû faire un gateau!

 

 

Je ne suis jamais descendu de mon train, j’y suis né, ma mère y est toujours restée, puis elle est morte.
Un jour elle en est descendue, pour aller faire une course ou je ne sais quoi; quand elle est remontée, elle toussait, tout le temps après elle a toussé.

Je ne me souviens que du sifflement des poumons de ma mère, de ses grandes quintes de toux… Puis elle est morte.

Ici, il fait chaud, bercé par le balancement je m’endors le soir. Je regarde au dehors la grande étendue blanche qui a volé ma mère, et mon hamac se balance d’un coté, puis de l’autre. La machine crachouille puis tousse carrément, je suis là, bien, chaudement rassuré.

Je connais le train par coeur, dans ses moindre recoins. Dans sa gueule béante et rouge, brûlante, ma tête vient chercher la chaleur des braises, et le chaud envahi mon corps tout entier. Je m’éloigne alors puis me rapproche, je sais que cette bouche gourmande réclame sa part. La bête siffle lançant un cri plaintif et orgueilleux dans la nuit, alors seulement je lui lance à grandes pelletées de petites coques noires happées par les rougeoyantes lueurs.

Le monstre se calme, prend de l’entrain. Rempli de force il peut parcourir encore ces deux lignes qui se rejoignent loin devant et qui pourtant resteront toujours séparées.

J’entends les cosaques, ça y est je les vois! Ils galopent torches à la main, et s’enfoncent dans la nuit leurs faisceaux lumineux pointés vers notre avenir incertain. Ça fait un bout de temps que les bolcheviques n’ont pas saboté les rails, il faut rester méfiant. Les deux anges gardiens lumineux ont disparu, je ne vois au loin que des rayons lumineux parcourant la terre, puis se lever vers le ciel comme une prière. Ils sont partis loin devant, ne sont plus que des points.

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Cette fois ce sont les lignes téléphoniques, les fils pendouillants laissent deux poteaux séparés l’un de l’autre désespérément inutiles et ridicules comme deux géants aux longues jambes, face à face, leurs liens brisés. A leurs pieds ce qui reste d’un bolchevique: une grande tâche de sang noir dans la nuit, noir sur cette étendue blanche et meurtrière.

Sa botte est levée vers le ciel et son menton planté dans la neige. Son manteau blanc un peu trop foncé est comme une faute de goût sur cette neige si pure. Cette graine à tuer gît là, vautrée, la moitié d’une patte en l’air, comme si un dieu avait voulu le retenir dans sa course. Je souhaiterait qu’il crève s’il n’était déjà mort. Quand on est homme on garde sa dignité d’humain. On ne vient pas se frotter contre les grandes puissance divines. La tâche blanc sale à disparu, le train a repris sa fuite vers l’avant, plus rapide, plus loin maintenant.

Quand je remonte le long des wagons vers l’extrême limite de la machine, je croise les regards fatigués et hagards de dames reposant sur l’épaule de leurs maris.
Elles ont dû avoir leurs grandes frayeurs, dès qu’un cosaque passe galopant le long de la machine, il faut qu’elles s’affolent, qu’elles s’inventent mille histoires, qu’elles tremblent pour leur vertus et leurs petits porte-monnaie.

Ah! comme j’aimerai voir un jour le Général Markov débouler avec ses acolytes et sa chapka blanche, haute au dessus de sa tête. Les maris consoleraient, joueraient les héros, sortiraient leurs armes. Le personnel tenterait de rassurer, voudraient remettre de l’ordre, et ce serait l’explosion, une énorme explosion gigantesque, un bruit assourdissant.

Le Général Markov serait là quelques mètres plus loin, lançant sa meute pour dépouiller les coffres forts, et certains détrousseraient des dames, ou ce qu’il en reste pour faire quelques cadeaux chez eux s’ils parvenaient à revenir, comme ça pour se sentir des héros. La nuée d’hommes devenus des bêtes sauvages, sourds à tout ordre se lance à la récolte des wagons épars giclés dans la neige. C’est de la

viande pour l’un, pour l’autre des légumes répandus sur la neige dégueulants de la cuisine démantibulée.
Ces tâches de couleur impudiques paraissent exagérément joyeuses sur le manteau blanc de la neige. Pour un autre, c’est cette femme encore vivante qu’il trousse contre son gré.

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Les dernières minutes de sa vie fragile, ténues, décrochées par une explosion, ravivées par la morsure de la neige, et précipitées dans l’horrible obscurité de la souffrance puis de la mort par le glaive juteux d’un bolchévique excité par la haine. C’est peut être comme ça qu’elle morte ma mère…

Mais le train poursuit sa course, sereine et lourde. Les bouleaux blancs, la neige blanche, le ciel qui se voudrait bleu mais qui est blanchit par les nuages. Tout ce blanc m’effraye, ces grandes plaines monotones me lassent, cette Russie sauvage qui se cache sous son grand manteau blanc me provoque, m’exaspère, je la déteste et la désire, je la craint.

Je colle mon oreille contre la vitre, écoute les tressaillements de ma carapace, peu à peu je redeviens moi, et dans ce long câlin, le corps fondu dans la parois je deviens le train, je glisse sur ces rails dans une étreinte sans n. Je laisse couler ma vie, attentif à mes cellules qui se mélangent au métal et qui cisaillent la neige plus fort et plus puissant que n’importe quel Dieu. Je suis cette machine impétueuse, le feu qui brûle en moi dévore l’espace vide, je voudrais hurler comme le loup des steppes, et c’est la machine qui pousse un sifflement strident.

Le train freine, je tombe. Les femmes hurlent. Un trou béant noir devant moi… je crois que c’est une explosion. J’ai froid, je suis dans la neige, c’est la première fois que je suis dans la neige.
Je l’avais toujours cru blanche, mais elle est noire.
Je l’avais toujours cru froide mais elle est brûlante.
Je l’avais cru silencieuse, elle n’est qu’hurlements, cris, plaintes et pleurs.
Son odeur est celle de la poudre, celle de la chair qui brûle.
Le bruit du métal disloqué, celui de mes membres épars.

D’en haut je le vois sous son énorme chapka blanche, il est là mon Général! Il est venu me chercher.

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Je le vois lui et ses sbires comme des hyènes puantes saccager ce qui reste de vie dans mon train, il est majestueux, fort, magnifique.

Je suis haut très haut.
Cette fois je sais que le ciel est bleu,
d’ici il l’est.